Une mission sur le fleuve du Maroni

Le Suriname et la Guyane partage une frontière qui est tracé par le fleuve du Maroni. Depuis des centaines d’années, les peuples autochtones lui ont considéré comme une entité d’unification. Mais le monde moderne exige une démarcation claire et définit, ce qui engendre des problématiques nouvelles pour des communautés auquel le temps semble parfois s’être défilé. Antoine Jolie, l’ambassadeur résidant à Paramaribo, sensible aux préoccupations des habitants du Maroni, viens de rentrer d’une mission de plusieurs jours sur ce fleuve qui unie, et qui sépare.

POUVEZ VOUS NOUS EXPLIQUER COMMENT C’EST PASSÉ VOTRE AVENTURE ?

C’est la troisième fois que je participe à une mission sur le fleuve Maroni ; J’avais participé à une mission militaire conjointe sur le haut Maroni entre Maripasoula et Antekume Pata il y a deux ans , puis en début de cette année dans le cadre de la négociation en cours sur la frontière entre saint Laurent et Grand Santi . cette fois ci c’était une mission entre Saint Laurent et Antekume Pata à nouveau dans le cadre de la négociation sur la frontière .

C’est toujours une aventure car le Maroni est un fleuve mythique et attachant avec des populations bushinengues et amérindiennes.

La mission s’est bien passée grâce au niveau de l’eau qui est élevé à cette saison ce qui facilite le passage des sauts.

QU’EST-CE QUI VOUS A MARQUÉ LE PLUS LORS DE VOTRE SÉJOURS SUR LE FLEUVE ?

Le décalage entre une rive guyanaise avec de nombreux villages , beaucoup d’enfants et la rive du Suriname peu à peu envahie de comptoirs tenus par des commerçants d’origine chinoise , mais aussi de nombreux brésiliens , la marque de bases arrières de l’orpaillage illégal qui se développe en Guyane. C’est frappant en face de Grand Santi mais surtout de Maripasoula avec une nouvelle agglomération le long du fleuve de ce qu’on appelle Albina 2 sur des kilomètres.

AVEZ-VOUS PARLÉ DES PRÉOCCUPATIONS DES DIFFÉRENTES COMMUNAUTÉS ET/OU DES REPRÉSENTANTS DES DEUX TERRITOIRES ?

Je me suis bien naturellement concentré sur les contacts avec les populations sur la rive et les iles occupées par les populations de citoyenneté française. J’ai rencontré les élus et aussi les représentants coutumiers des peuples vivant depuis tant de siècles le long de la rivière , avec le souci de ne pas interférer dans les relations des autorités du Suriname avec ses propres citoyens. J’ai recueilli l’inquiétude de nombreux face au développement de l’orpaillage qui rend quelquefois l’atmosphère pesante , peu propice au développement du tourisme et un poison épouvantable pour la santé des populations des deux côtés du fleuve avec l’utilisation du Mercure. J’ai constaté l’effet de la traite des personnes en particulier des femmes livrées à une vie inhumaine au service d’hommes vivant eux-mêmes dans une situation indigne , exploités par d’autres qui récupèrent sans beaucoup d’efforts les fruits que donne l’or de la région.

UNE MISSION SUR LE FLEUVE S’EST TERMINÉ, ET MAINTENANT ?

Elle se termine avec le renforcement de la conviction que le problème de  la région ce n’est pas la frontière et sa délimitation pourtant en effet nécessaire pour appliquer la loi française ou surinamaise , ce n’est pas la question de la libre circulation qui sera toujours assurée s’agissant d’un fleuve frontalier ,

c’est le respect de la nature , le respect des hommes et des femmes qui vivent des deux côtés , leur santé , leurs accès au droit et à la protection mais aussi leur respect des lois et des règlements qui proscrivent des activités illégales.

C’est la nécessité de renforcer la coopération avec le Suriname que ce soit pour lutter contre l’exploitation illégale et dangereuse du fleuve , les trafics , en renforçant notre coopération judiciaire indispensable , mais aussi pour lancer des projets de développement économique , je pense au tourisme , mais aussi au traitement des ordures des deux rives , à la régulation des activités de commerce . Sur tous ces points nous avons engagé la discussion avec les autorités du Suriname . Nous devons tenir plus régulièrement le conseil du fleuve ainsi que les groupes de travail qui ont été constitués , je pense par exemple à celui pour mettre en place une carte transfrontalière qui sera la reconnaissance de la spécificité de cette région ou le fleuve  est vécue depuis tant d’année comme un lien  plus que comme une frontière . Et comme pour la délimitation de la frontière ce ne peut être fait de manière unilatérale et il est important que les deux pays s’engagent résolument dans cette voie .

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